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Tout grimpeur de plus d’1m75 a déjà entendu quelqu’un lui dire « Tu peux faire cette voie parce que t’es grand, si j’avais quelques centimètres en plus je la passerais ». En réponse à ça vous avez le choix entre :

  • Lui jeter des Kayoo,
  • Rétorquer qu’il fallait manger plus de soupe,
  • Sadiquement aller toucher chaque prise avec le coude avant de l’attraper pour déconstruire l’excuse grotesque de votre interlocuteur,
  • Lui envoyer un lien vers cet article.

Il y a tellement de facteurs à prendre en compte qu’une simple dégénérescence verticale n’est pas responsable aussi souvent qu’on le croit !

Être grand c’est bien, être léger c’est mieux !

Le contrecoup de la taille qui vient en premier à l’esprit est qu’être grand… c’est être lourd. Si on se fie à l’indice de Quetelet pour caractériser l’état de santé d’une personne (l’indice de masse corporelle ou IMC), une personne de 1m80 faisant 70kg serait approximativement équivalente physiquement à une personne de 1m50 faisant 50kg (cf. tableau ci-dessous). Aucune des deux variations n’est négligeable, 30cm pour 20kg est une énorme différence qui veut dire plusieurs choses. Moins de masse à soulever, une meilleure détente et la possibilité de se placer plus haut sur une prise, des avantages qui peuvent compenser les centimètres apparemment manquant dans la plupart des problèmes.

Indice de masse corporelle — Wikipédia

Indice de Quetelet

On en a d’ailleurs tous fait les frais quand on est allé s’entraîner au mur du coin au MAUVAIS moment : en même temps que la séance d’entraînement compétition des enfants. 

Un instant maudit durant lequel ces représentants du petit peuple sont venus flasher avec une facilité déconcertante votre projet de plusieurs semaines devant vos yeux larmoyants

Qui est-ce qui va s’envoler au premier pied qui glisse? – Crédit photo : Imgix

Aussi, comme le montre cette étude publiée dans l’International Journal of Biological & Medical Research, il existe une corrélation directe entre la taille du corps et la taille des mains. Notre corps est globalement proportionnel et être plus petit est donc synonyme d’avoir de plus petites mains, soit une surface de préhension proportionnellement plus grande ! Avantage non négligeable face à ces réglettes de quelques millimètres. Pouvoir mettre une phalange quasi complète là où les plus grands n’en mettent que la moitié permet de pouvoir y exercer plus de force et, combinée à un poids moindre, de se pousser encore plus loin pour se rapprocher de la prise suivante.

Taille VS Envergure.

Plus que la taille en soit, il faudrait plutôt considérer la distance qu’il est possible d’atteindre en ayant un bras tendu. Une personne avec les épaules basses et un cou de girafe sera très grande mais ce ne sera pas pour autant un avantage en escalade.

Video: T-Rex Attempts Iron Man (V4) Traverse

Les Dinosaures auraient-ils disparus s’ils avaient su grimper aux kayoo ? – Crédit photo : Climbing Magazine

La taille des bras en elle-même a aussi un impact. En général la distance entre les extrémités des doigts en étant bras tendus correspond à la taille d’une personne. Évidemment, comme toute caractéristique humaine, elle dépend des personnes et fluctue. On utilise souvent l’ape index (littéralement « indice singe ») pour caractériser les profils de grimpeurs. Il correspond à l’envergure d’une personne divisée par sa taille. Vous voyez l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci ? Oui oui, on parle bien de l’homme nu avec quatre bras, quatre jambes et qui fait du cerceau ! Eh bien il a un ape index de 1, c’est pour ça qu’il peut-être circonscrit dans un carré géant. Vitruve estimait que ce ratio caractérisait un « homme bien fait ».

Crédit photo : leonardodavinci.net

Il semblerait que plusieurs professionnels aient un ratio positif, ce qui indiquerait un avantage certain. Cependant, les études ne concordent pas toutes en ce point et présentent chacune des zones d’ombres (pour plus d’exactitude, il faudrait que ces études prennent en compte la population moyenne pratiquant de l’escalade par exemple). Eh oui, ce n’est pas évident à caractériser car l’escalade est un sport présentant des configurations très variées ! Un ape index positif peut permettre d’atteindre plus loin mais dans toute autre situation… c’est peu bénéfique. Avoir de grands bras éloigne le centre de gravité du mur et augmente l’effort nécessaire pour s’y maintenir.

La technique pour mieux grandir.

Par delà tous ces critères physiologiques, il est souvent possible de compenser ces aspects par de la technique. Lorsque le géant de la salle va tenter d’utiliser uniquement sa taille en perdant son équilibre, c’est le moment clef pour caler un talon au niveau de votre tête suivi d’un rétablissement en douceur pour aller chercher la prise suivante en préparant la prochaine contre-pointe et tout ceci avec toute la grâce du monde et surtout.. en statique. C’est ça la vraie classe.

Bien souvent les grimpeurs débutant ne réussissent pas à s’étendre et aller chercher les prises éloignées pour deux raisons: il n’osent pas se mettre sur la pointe de la pointe de la pointe d’un seul pied, en extension totale, et ne montent en général pas les pieds assez haut sur les prises. Monter les pieds permet d’allonger énormément sa portée et c’est pour ça que de nombreux grimpeurs avancés peuvent faire les voies plus aisées en utilisant beaucoup moins de prises.

Si vous n’y arrivez pas, c’est normal. – Crédit photo : Blogspot

Pour finir, on trouvera toujours que si on était plus grand, si l’on avait des plus petites mains, si l’on était plus souple, la voie que l’on ne réussit pas à passer serait beaucoup plus facile mais il n’y a pas de physique parfait pour ce sport. C’est ce qui fait qu’on l’adore, c’est un sport extrêmement varié où chacun pourra développer son style ! Un géant pourra être avantagé en dalle lorsque les prises sont éloignées mais aura beaucoup plus de difficultés pour un départ assis ou pour utiliser efficacement des prises proches des pieds. A l’inverse, une personne plus petite sera plus à l’aise dans ce genre de mouvement. Il faudra donc que chacun trouve une alternative pour s’en sortir et surmonter ces défis.

En somme, chacun a son style, ses avantages et ses points faibles, le profil idéal n’existe pas, il faut apprendre à mettre en valeur ses atouts et travailler ses faiblesses !